L'abbaye escarpée, poussée là-bas, loin de la terre, comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve, invraisemblablement étrange et belle (Guy de Maupassant)
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vendredi 10 juillet 2015

De Carrouges à Bagnoles de l'Orne
jeudi 18 juin 2015

Je vais faire quelques courses pour le repas de midi : une dizaine de tranches d'andouille de Vire, pain, tomates, pamplemousse (l'andouille - pur produit local - a été pour mon plus grand plaisir au menu de bien des pique-niques). Puis je traverse une dernière fois Carrouges et pars pour une longue étape de trente kilomètres. Le Tour de France sera ici le 10 juillet : la commune a décoré la ville en accrochant des vélos, plus ou moins vieux, dans les rues où passera le peloton.
Le GR22 dans le bocage : aspect-tunnel


Vélo pour accueillir le Tour de France
Le temps (la météo) a changé du tout au tout ce matin : ciel gris et bas, limaces de sortie (signe de pluie) ; ce n'est pas la pluie qui se met à tomber, mais par intermittence un crachin qui oblige néanmoins à sortir le vêtement de pluie et à protéger le sac à dos. Heureusement, à de nombreux endroits, dans ce pays de bocage (voir étape précédente), le chemin passe entre deux haies suffisamment hautes et touffues qui donnent au chemin un aspect de tunnel et protègent de la pluie.

Le crachin ne mouille pas vraiment, mais le chemin en certains endroits a gardé trace des pluies des semaines précédentes qui durent être importantes ; pendant quelques kilomètres, le terrain est gras, comme disent les commentateurs de matchs de football ou de rugby ; boue, flaques immenses qui semblent parfois infranchissables mais dont on arrive à se tirer à force de marche précautionneuse, et parfois d'accrochage aux branches. Un moindre mal : chaussures et pantalon maculés de boue.


Parfois le chemin se confond avec un ruisseau
Un peu avant l'étang du Petit Jard (au lieu-dit la Noë Panier), deux chiens - un petit nerveux et un gros lourdaud ; Laurel et Hardy ? - foncent vers moi en aboyant furieusement ; je suis à moitié rassuré malgré la présence du paysan à cent cinquante mètres devant moi qui fait traverser le chemin à ses vaches et à qui de toute évidence les chiens appartiennent. Il les rappelle à l'ordre, me serre la main et me demande si je vais au Mont Saint-Michel. Je bavarde un petit moment avec lui ; une "trogne" : le visage tanné, cheveux hirsutes, des gros poils roux sortant des oreilles et une incisive haute manquante. Sa soeur habite près de Paris : quel enfer, me dit-il. Quelle vie rude doit avoir cet homme au beau milieu de cette campagne normande, me dis-je en repartant.

Après l'étang du Petit Jard, le GR22 entre dans la forêt de la Ferté-Macé qui constitue une partie de la forêt d'Andaines ; le chemin est moins boueux ; mais son balisage devient plus incertain avant l'arrivée au lieu-dit La Vallée de la Cour ; le recours à la boussole et à la carte n'empêche pas quelques hésitations avant de trouver la bonne direction.


La petite chapelle Saint-Antoine au creux de son vallon
Un peu avant, un petit détour d'environ un kilomètre (une rude descente et une remontée du même tonneau) permet d'aller voir un site magique : la petite chapelle Saint-Antoine blottie au fond d'un vallon et entourée de grands arbres.


Les vaches dans le paysage
Après la Vallée de la Cour, le sentier devient plus rectiligne et plat ce qui rend fort opportunément plus supportables les cinq longs derniers kilomètres de l'étape. Arrivée à la maison d'hôte Au Clairmont à Bagnoles de l'Orne : passablement crotté, je suis soulagé d'avoir bien tenu physiquement pendant cette longue étape.

Mon hôtesse, charmante, me dit que Bagnoles de l'Orne est une ville qui mérite la visite et me donne plein de conseils avisés d'endroits à découvrir. Cela tombe bien, car demain je ne repars pas sur le GR22 : je vais savourer ma première étape de repos.

Avant de de découvrir Bagnoles, je me déleste de mon sac et le vide complètement ; douche, lessive (une tâche quotidienne...) ; un peu de repos pendant lequel je repense à cette longue journée de marche, et à quelques oiseaux que j'ai aperçus : deux ou trois couples de buses, un martin-pêcheur, quel bel oiseau ! (à l'étang du Petit Jard), et plusieurs bergeronnettes.


Le Lac et le Grand Hôtel à Bagnoles de l'Orne
Bagnoles de l'Orne (2 377 habitants), ville touristique, station thermale réputée : un air à la fois d'Enghien-les-Bains (près de Paris), de Deauville et du Touquet ; une discrète opulence et beaucoup de douceur de vivre. Une étape de repos bien choisie !

Ce soir, je me récompense pour l'effort accompli et vais déguster au restaurant de l'hôtel Roc au Chien un ris de veau aux morilles, plateau de fromages et tarte aux fraises sur lit de pistaches. Me voilà prêt pour faire un petit tour de la ville au soleil couchant.


Vue du Roc au Chien : le complexe thermal de Bagnoles
Vers 22h30, je retrouve ma belle chambre, spacieuse, calme et agrémenté d'un beau balcon.

Voir les photos de l'étape de Carrouges à Bagnoles de l'Orne.

Une journée à Bagnoles de l'Orne
vendredi 19 juin 2015

Une étape de repos bienvenue.
 Bagnoles de l'Orne

Fort des conseils de mon hôtesse, je pars en milieu de matinée visiter Bagnoles de l'Orne. Après un petit tour dans le "centre-ville" autour de la place de la République, je me rends dans le quartier Belle Epoque de la ville. Auparavant, j'avais pris un rendez-vous aux thermes pour un après-midi de détente et de relaxation :) (voir plus bas).

Le quartier Belle Epoque a été créé à la fin du XIXe siècle, grâce à la conjugaison de la notoriété croissante de la station thermale et de l'arrivée du chemin de fer, et sous l'impulsion d'Albert Christophle, homme d'affaires local. Ce dernier décide d'aménager et de lotir un vaste espace où, sur chaque parcelle, seront construites des maisons de vacances répondant à un strict cahier des charges.

Pour les détails, voir ici l'instructif dépliant de l'Office du tourisme de Bagnoles.


La villa Beau Séjour (1889), quartier Belle Epoque de Bagnoles
L'unité architecturale de ce quartier lui confère un charme fou ; les très belles demeures de pierre et/ou de briques, dont les façades sont très ouvragées (bow-windows, auvents, décors de frises colorées, colombages, etc.) ont un aspect "Art Déco" que l'on retrouve dans des villas au Touquet ou à Deauville.


Une autre villa du quartier
Une autre façade de la villa Beau Séjour







Dans ce quartier, j'ai rencontré un vieux monsieur promenant son chien : engageant la conversation, il me dit qu'il aurait aimé acheter une de ces maisons lorsqu'il s'est installé à Bagnoles ; mais les anglais, m'explique-t-il, étaient en nombre sur le marché et faisaient monter vertigineusement les prix, rendant les villas inaccessibles à toute une catégorie de "locaux". Aujourd'hui, ajoute-t-il, plusieurs maisons sont en vente, les propriétaires n'ayant plus les moyens d'entretenir ces grandes demeures. Leur prix a sensiblement baissé.

Avant de quitter ce sympathique monsieur, il m'interroge sur ma présence à Bagnoles ; je lui explique le but de ma randonnée ; il m'apprend que son épouse part à pieds de Bagnoles pour le Mont avec un groupe d'amis le prochain dimanche (21 juin).

L'après-midi de ce vendredi, je m'offre une séance de relaxation ! J'ai en effet réservé au Bo'Spa des thermes un forfait trois soins (stimulation massante au jet tonique, bain apaisant aux arômes de pommes et application d'argile revitalisante du dos) qui me donne accès au hammam, à la piscine et à la salle de repos. Trois heures trente de pure détente.

Mais la marche reprend le dessus et en fin d'après-midi, suivant un autre des conseils de mon hôtesse, je me rends à Bas-Bésier, un hameau situé à un petit kilomètre de Bagnoles où se trouve le prieuré de Saint Ortaire.


La chapelle de Saint-Ortaire
Saint Ortaire vécut au VIe siècle et fut, de son vivant, l’objet d’une véritable ferveur populaire. Selon la légende il possédait la renommée d'accomplir des miracles. Les fidèles qui se rendaient à la chapelle avaient l'habitude de déposer sur leur chemin des cailloux pour retrouver leur route. Ils en mettaient également sur les arbres, murs et murets entourant le sanctuaire, à la hauteur de leur mal ou de la douleur à guérir («Plus la douleur est forte, plus le bloc doit être gros», dit la rumeur populaire). Lorsque le caillou tombait d'une façon naturelle, le malade était guéri. Sinon, malheur à celui qui le faisait tomber, il héritait du mal.

Voir les photos de Bagnoles de l'Orne.