L'abbaye escarpée, poussée là-bas, loin de la terre, comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve, invraisemblablement étrange et belle (Guy de Maupassant)

vendredi 10 juillet 2015

De Bagnoles de l'Orne à Domfront
samedi 20 juin 2015

Je quitte Bagnoles de l'Orne vers 9h30 après le ravitaillement (boulangerie, charcuterie, épicerie), et environ deux kilomètres plus loin me retrouve dans la forêt d'Andaine (qui enserre Bagnoles), sur un chemin rectiligne, ou peu s'en faut, chemin orienté Est-Ouest : une ancienne voie romaine que j'emprunte pendant une douzaine de kilomètres.

Sur cette longue ligne droite dont le bout se dérobe au fur et à mesure qu'on avance, la marche devient par moment monotone, le pas mécanique ; l'esprit se mettant à vagabonder et la fatigue aidant, là-bas au loin, droit devant, on imagine un animal (lapin ou fouine ?) qui à l'approche se relève n'être qu'une branche cassée d'un arbuste tombée sur le chemin...


Le chemin file bien droit


La chapelle Sainte-Geneviève

Sur un tel chemin, on prend le temps d'écouter les innombrables et continus chants d'oiseaux, de sentir l'odeur des pins et des sous-bois plein de fougères encore humides de la rosée de la nuit. Et on comptabilise les personnes rencontrées : au cours des dix-huit kilomètres de l'étape, j'ai croisé une marcheuse/promeneuse et ses deux chiens, trois marcheurs pressés, un premier vététiste, un cavalier (près de la chapelle Saint-Geneviève) et un second vététiste. Soit sept personnes sans compter les chiens ; peu de monde pour un jour de week-end.

Sur un tel chemin, on découvre les légendes normandes, comme celle de la fée Gione, vieille laide et méchante, qui s'abritait sous le dolmen le long du chemin. Cette fée rendait quelquefois visite aux paysans des alentours, qui lassés de sa présence, lui préparèrent un mauvais coup. La Gione s'enfuit et on ne la revit jamais dans une ferme du bocage. Mais nul ne se hasarderait à la nuit tombée dans les parages de son dolmen. La légende raconte que la fée ensorcela le jeune seigneur de Bonvouloir, qui le soir de ses noces, la suivit à un sabbat. Le lendemain matin, le seigneur aurait été trouvé inanimé sur le lit de la Gione.


Le dolmen de la fée Gione
J'arrive à Domfront (département de l'Orne, 3 770 habitants) assez tôt en début d'après-midi, cafouille un peu pour trouver l'hôtel de France, m'y installe ; comme tous les jours douche, lessive, mini-sieste, et me voilà de nouveau dehors pour (re)découvrir Domfront.

Redécouvrir, car j'étais venu ici avec parents à l'été 1967 lorsqu'ils avaient loué pour les vacances un gîte rural à Saint-Mars d'Egrenne à quelques kilomètres de là. Souvenir : l'année précédente, en vacances à Carolles (sud de Granville), nous avions fait la connaissance et sympathisé avec une famille tchèque installée à Domfront après avoir fui le régime communiste. Le père y tenait une horlogerie-bijouterie - dont je n'ai pas retrouvé la trace. La famille nous avait encouragé à venir à Domfront l'été suivant ; ce que mes parents ont décidé de faire. Avec le fils de la famille, nous allions à la pêche dans l'Egrenne, rivière très poissonneuse à l'époque. Celui-ci avait passé (ou allait passer) le concours d'entrée à Centrale Paris (selon mes calculs il fut diplômé en 1968/1969 ou en 1972/1973) ; l'école était encore installée dans Paris et il était venu plusieurs fois nous rendre visite dans notre banlieue sud pendant sa scolarité.
Plus de quarante-cinq ans ont passé et je n'ai pas reconnu Domfront...


L'église Notre-Dame sur-l'Eau à Domfront
Le choeur de l'église Notre-Dame-sur-l'Eau

Mon hôtel est situé dans la ville basse ; la vieille ville et son château sont perchés cet cinquante mètres plus haut : dur après l'étape du jour !

Avant de monter, visite de Notre-Dame-sur-l'Eau à deux pas de l'hôtel, chef-d'oeuvre de l'art roman normand des XIe et XIIe siècle bâti par Guillaume Ier de Bellême. L'église a reçu des personnages célèbres : des souverains anglo-normands (Henry II Plantagenêt, Richard Coeur-de-Lion), les rois de France en pèlerinage vers le Mont Saint-Michel (Saint Louis en 1256, Louis XI en 1475).

Le premier château de Domfront a également été érigé par Guillaume Ier de Bellême. Bâti sur un éperon de grès armoricain, dominant la cluse de la Varenne, il constituait un site de défense remarquable contrôlant la route de Caen vers le Maine et l'Anjou, et le chemin d'Alençon au Mont Saint-Michel.


Les ruines du donjon de Domfront
Ce samedi soir Domfront fête la musique, dans la ville haute. Pas question de remonter : je suis trop fatigué... Dîner à l'hôtel (à noter : un pressé de cabillaud et saumon aux tomates confites, d'anthologie...) et au lit.

Voir ici les photos de l'étape de Bagnoles à Domfront.

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