L'abbaye escarpée, poussée là-bas, loin de la terre, comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve, invraisemblablement étrange et belle (Guy de Maupassant)

vendredi 10 juillet 2015

De Saint-Pois au Petit-Celland
vendredi 26 juin 2015

Ce matin avec le couple de randonneurs, je prends le petit déjeuner (3 euros) au Central Bar en face de la mairie de Saint-Pois, fais quelques courses pour les pique-niques de la journée et pars sans trop tarder, car l'étape est longue (27 kilomètres) et le topo-guide montre une succession de montées raides et de descentes qui ne le sont pas moins.


Ce ne fut pas l'enfer, mais néanmoins un peu rude


Toujours de vastes horizons
Première difficulté : dans la vallée de la Sée le chemin passe par une zone marécageuse, impossible à franchir. Le pantalon crotté de boue, je reviens sur mes pas, cherche un autre passage et file à travers des prés en m'orientant à la boussole ; je finis enfin par retrouver le chemin balisé. Le temps est lourd ; le tendon du mollet gauche à nouveau douloureux ; une contracture à l'épaule gauche apparaît : rude journée. Je m'arrête pour prendre un comprimé d'anti-inflammatoire, boire et prendre du lait concentré sucré...

La suite des (petits) ennuis continue : au sortir du bois de Reffuveille le balisage s'interrompt ; hésitation, je pars à l'instinct sur la piste à gauche (trop vite, sans réfléchir) ; la carte du topo-guide et la boussole - si je les avais consultés avant - m'auraient dit que c'est à droite qu'il aurait fallu m'engager. Bref, je marche un bon kilomètre pour rien, c'est-à-dire sans me rapprocher de mon point d'arrivée.

A la Haute Blairie, un hameau de Reffuveille, je m'avance sur le gravier devant une maison et appelle vers une fenêtre ouverte ; une dame descend descend l'escalier à qui j'explique que je marche et que ma gourde est vide, peut-elle me donner de l'eau ? Elle me remplit ma gourde lorsque son mari à son tour arrive. Nous engageons la conversation. Il est l'heure de l'apéritif, me dit le mari ; montez donc à la maison avec nous. Et me voilà à boire le pommeau (de leur production) et à grignoter des petits gâteaux secs avec eux.

Agriculteurs en retraite, Gisèle et Joseph Jouenne ressemblent beaucoup, physiquement et dans leur manière de s'exprimer, au couple rencontré il y a quelques jours au bord de l'étang près de la Fosse Arthour. Ils me parlent de leur ancien métier, et de leurs enfants : un de leur fils est installé sur l'exploitation non loin de là ; leur fille est mariée à un parisien... ; et leur autre fils compagnon du devoir est tailleur de pierres. J'étais tout aussi heureux qu'eux à partager ce court moment d'échange. Avec leur accord, je les prends en photo et leur promets de la leur envoyer (promesse tenue). Il est temps de continuer le chemin.


Mes compagnes, le long du sentier
Vers treize heures, je retrouve le couple de randonneurs parti de Saint-Pois avant moi et qui est au bord du chemin, commençant à pique-niquer face à un aimable troupeau de vaches. Je pensais qu'ils étaient très loin devant moi ; mais ils se sont arrêtés prendre un café au village de Cuves, si bien que les suivais de près. Je sors mon pique-nique : tomates, maquereaux, andouille de Vire, kiri et pêches. 

Mes compagnons restent à se reposer ; je repars seul sur le sentier. Clorinde m'appelle et m'informe que des attentats ont été commis en Isère et en Tunisie. Inqualifiable et tragique. Dieu est amour, dit-on ; manifestement pas tous ceux qui y croient. Depuis qu'elles gouvernent les esprits des hommes, depuis très longtemps donc, les religions monothéistes ont toujours été porteuses de dogmes absurdes et vectrices de passions destructrices. Mon pèlerinage vers le Mont Saint-Michel ne me verra pas devenir un disciple de Dieu.

Il fait très chaud aujourd'hui, je bois (de l'eau) comme un trou, ma gourde est encore vide. A la Sourdière, pas très loin du Petit-Celland, je demande de l'eau à une dame que j'aperçois près de sa maison au bout d'une allée ; elle me dit que l'eau du robinet est chaude et m'apporte une bouteille du commerce, fraîche, de un litre et demi. Je la remercie et la félicite pour son superbe jardin et potager et ses plantations de fleurs. Elle sourit tristement et, lorsque je lui dis que je viens de Saint-Pois et suis passé par Saint-Michel-de-Montjoie, je la vois au bord des larmes. Elle me dit que sa fille de 42 ans y est enterrée ; elle est morte en avril d'un cancer de la lymphe ; il y a un an son gendre mourait d'un arrêt cardiaque à 46 ans. Le malheur est aussi sur le chemin...


Mon gîte au Petit-Celland : c'est la maison à droite
Les deux derniers kilomètres de l'étape me semblent bien longs ; après une sévère côte pendant la montée de laquelle je transpire à grosses gouttes j'arrive enfin au Petit-Celland. J'attends la personne de la mairie de Brécey que j'ai appelée un peu plus tôt, comme convenu, afin qu'elle m'ouvre le gîte et m'apporte quelques provisions de bouche qu'elle s'était gentiment proposée de m'acheter, car au Petit-Celland (197 habitants), joli petit village, il n'y a ni épicerie, ni bar, ni restaurant. Ce soir ce sera pique-nique !
Ce soir j'occupe seul le gîte qui peut accueillir quatre personnes ; quant au gîte de groupe à côté, il est inoccupé. 

Voir les photos de l'étape de Saint-Pois au Petit-Celland.

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